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Eh

Dis-moi grand-père, c’est qui le Moine ?

 

 

Bien calés dans les rochers de la pointe de Roguédas, Elen et son grand-père, regardent les bateaux, portés par le  jusant, s’en aller, tout spi gonflé, vers la pointe d’Arradon.

« Si ce vent d’est se maintient, ces capitaines d’un jour siroteront un apéro bien gagné, qui à Houat, qui à Hoëdic… », commenta le grand-père.

La journée s’annonce belle !  Les odeurs du printemps sont partout, le mélange terre-mer embaume l’air.

Elen, tendant le bras en direction de Boëdig interroge son grand-père.

« Dis-moi grand-père pourquoi y-a-t-il un rocher blanc à l’extrémité de Boëdig ? »

« Ah, là-bas ! C’est le Moine ! »

« C’est qui le Moine ? »

« Alors, là, il y a un tas d’histoires à son sujet. Certains disent qu’il[1], fut sculpté par des ouvriers employés sur le chantier de la Mairie de Vannes fin XIXe. D’autres prétendent, que c’est un prisonnier allemand, employé à des tâches agricoles sur l’île, durant la guerre 14-18, qui aurait joué du burin, si , si… Mais d’aucuns affirment péremptoirement, que balivernes que tout ceci, c’est un soldat de la Wehrmacht, prisonnier sur l’île à la fin de la guerre 40-45, qui… Alors?

Qu’importe il fait partie du paysage ! Et chaque navigateur quittant le Goulet de Conleau et sa Maison Rose  se doit de le saluer d’un  coup de « fort » sinon sa navigation risque d’être perturbée.

 « Doublant le « Moine », sans respirer[2], d’un coup de blanc tu le salueras!

 Bon vent, belle mer et bon courant, te porteront alors assurément. »

C’est la prière au Moine et crois moi elle est efficace…, du moins pour mettre de l’ambiance à bord !

Revenons à notre « homme », le  vigile de Boëdig…

 

 

 

 

L’histoire vraie de la création de ce personnage maintenant mythique je vais te la raconter. Je la tiens d’un vieux marin-pêcheur, un écumeur de bars[3], toujours assoiffé de bonnes blagues et de…

 

Tu te souviens que les Fées de la forêt de Brocéliande avaient été obligées de quitter leurs chers arbres pour se mettre à l’abri des prédateurs hommes et qu’en survolant le Bro-Gwened elles avaient tant et tant pleuré que leurs larmes avaient donné naissance au Golfe du Morbihan.

 

Depuis ce temps, Viviane et Merlin vivaient dans un palais de cristal au fond de l’un des nombreux lacs de la forêt. Si Merlin s’occupait en écrivant, en taillant des baguettes magiques, en préparant des philtres de toutes sortes, Viviane, elle, commençait à trouver le temps vraiment long.

 

Et, un jour elle s’adressa à Merlin :

 

« Mon ami, je n’en peux plus de rester enfermée dans ce palais. Il est magnifique, confortable certes, mais j’ai l’impression d’être un poisson rouge dans un bocal. Je ne vois que des carpes à longueur de journée. Elles passent et repassent devant nos vitres. Je vois leurs lèvres bouger, j’ai comme l’impression qu’elles me parlent mais, j’ai beau tendre l’oreille, je n’entends rien. Seraient-elles muettes ? »

 

Merlin, soucieux, l’écoutait en caressant sa longue barbe blanche.

 

« Voyageons ! » S’exclama Viviane.

 

« Commençons par une petite excursion, pour changer d’air et voir un horizon, un vrai ! »

 

Merlin fronça ses blancs sourcils, se gratta le front de son index et dit :

 

« Et si nous allions découvrir ce Golfe du Morbihan qu’ont créé nos amies les fées ! »

 

« Oh, oui ! », s’écria Viviane.

 

« Prépare les malles[4] et n’oublie pas mes chausses de bain, s’il te plaît ! », lui répondit Merlin.

 

 

 

 

Plus tard, lorsqu’ils furent prêts, d’un coup d’une de ses baguettes magiques, Merlin les transféra sur une des nombreuses pointes qui parsèment le Golfe. Ils arrivèrent ainsi du côté de Saint Armel au lieu dit  « Le Passage ».

 

Ils prirent pension chez un pêcheur et son épouse. C’était véritablement une découverte. Ils se régalèrent de levers, de couchers de soleil, de tous ces paysages changeant au gré de la lumière. Bien entendu, ils ne négligèrent ni les soupes de poissons, ni les palourdes, ni autres cotriades que leur préparaient leurs hôtes.

 

Dans la journée ils se promenaient le long de la côte et ne cessaient de louer la beauté des lieux.

 

 Passant un jour devant l’échoppe « Mor-Shop » ils louèrent une pirogue de mer et partirent à l’aventure. Chevelure au vent pour l’une, barbe en bataille pour l’autre, ils découvrirent ainsi, Tascon, Lerne, Ilur, Boëde, Boëdig, toutes ces îles enchanteresses créées par leurs amies les Fées.

 

Apercevant la petite plage de Kerguen, face à Roguédas, ils décidèrent de s’y arrêter pour se reposer et se restaurer.

 

C’était par une belle journée de printemps. Les ors des ajoncs cloutaient les verts tendres des feuilles naissantes. Le soleil déversait ses doux rayons sur le sable où ils accostèrent. Pendant que Viviane préparait un « en-cas » Merlin décapsula une Coref et entreprit de la déguster le dos calé à un rocher tiédi par les rayons du soleil.

 

Tout d’un coup Viviane, l’interpella :

 

« Merlin, regarde, là ! »

 

Merlin tourna la tête dans la direction indiquée par Viviane et vit deux jeunes gens enlacés près du muret. Elle, une grande blonde, le visage hâlé et doré de soleil regardait tendrement un grand jeune-homme brun.

Merlin se dit qu’un peu de compagnie ne pouvait qu’être bénéfique au bon déroulement de leur journée. Il héla les jeunes gens :

 

« Rejoignez nous, nous avons tout ce qu’il faut pour quatre et si nous manquons de quoi que ce soit je m’en charge ! »

 

Intrigués, les deux jeunes gens s’approchèrent. Une fois les présentations faites la conversation s’engagea.

 

Merlin et Viviane ne tarissaient pas d’éloges quant à la beauté des lieux et, bien entendu, ils désiraient faire plus ample connaissance avec leurs invités.

 

Caroline et David étaient originaires de Langle, ils étaient amoureux et pour échapper à l’œil, oh combien vigilant, des commères du village, tous les jours, ils traversaient le goulet de Conleau sur un moj-plah pour se réfugier sur la plage de Kerguen. Là, à l’abri des regards ils pouvaient donner libre cours aux élans de leurs amours.

 

Durant le repas Viviane remarqua qu’ils regardaient fréquemment en direction de Boëdig.

 

« Vous me semblez inquiets, leur dit-elle, quelque chose vous contrarie ! »

 

Caroline d’un geste lui désigna la pointe de Boëdig et dit :

 

« C’est lui là-bas, un gars de Cadouarn, il est jaloux de David et ne fait que nous suivre. »

 

Viviane et Merlin distinguèrent dans le lointain un homme qui, les pieds dans l’eau, semblait pêcher.

 

« Il vous embête à ce point », demanda Viviane. 

 

« Ah, oui dit Caroline ! Il nous en veut, à moi parce que je ne l’aime pas à David parce qu’il m’aime. Il a juré notre perte ! »

 

Viviane, songeuse, dit soudain à Merlin :

 

« Peux-tu faire quelque chose mon ami ? »

 

« Que veux-tu que je fasse ? », répondit-il en haussant ses fines épaules.

 

« Je ne sais pas ! Mais fais en sorte que nos jeunes amis ne soient plus importunés. Change le en statue de sel dit-elle en riant ! » 

 

« En statue de sel, mais, voyons ma chère, même en sel de Saint Armel à la première tempête il disparaîtra et nos descendants n’auront plus aucune trace et donc pas d’histoire à raconter ! »

 

« Alors, fais quelque chose de durable[5], transforme le en menhir, par exemple ! »

 

« Un menhir, Viviane, mais c’est d’un commun en Bretagne ! »  

 

Lissant sa longue barbe, fronçant ses épais sourcils, il déclara soudain : 

 

« Je vais le pétrifier ! Il gardera son aspect humain. Je lui mettrai un capuchon sur la tête pour qu’il ne regarde plus ni à gauche et ni à droite et le revêtirai d’une grande cape. »

 

Aussitôt dit aussitôt fait ! Encore une fois la baguette magique de notre ami fit des miracles.

 

Ainsi naquit celui qui deviendra le Moine !

 

Caroline et David, après avoir chaleureusement remercié leurs hôtes, les quittèrent et regagnèrent leur village. Ils y vécurent heureux et eurent de nombreux enfants.

 

Quant au pétrifié il est toujours à la pointe ouest de Boëdig et depuis, imperturbable il poursuit sa veille.

 

Tous les ans une équipe de sinagots, sous la conduite d’un expert[6],  viennent repeindre son blanc capuchon et sa grande cape. C’est l’occasion, il faut l’avouer, de régler le sort à quelques bonnes bouteilles…

 

Pour le Moine, l’hiver est souvent long.  Heureusement que, parfois, un matelot errant le salue d’une bonne rasade, ce qui réchauffe son vieux cœur de pierre.

 

Mais en été, c’est l’ivresse de la fête tant il y a de passage…

 

« Que la vie est belle ! Je suis salué si souvent que j’en suis grisé… » Soupire-t-il, un peu gêné, mais souriant sous son blanc capuchon. 

 

Voilà, ma chère petite, la vraie histoire du moine. »

 

Jack Le Cunff - Arradon décembre 2012

 

 

 



[1] Le rocher sur lequel il est sculpté s’appelait autrefois le « bigorneau ».

[2] « Cul sec », pour les initiés !!!

[3] Dans tous les sens du terme…

[4] Cette formule sera reprise par un homme politique français, de façon plus abrupte, il est vrai que son épouse s’appelait Liliane.

[5] Très à la mode quelques siècles plus tard…

[6] Jean Richard

/home/aumaboul/www/data/pages/fr/moine2.txt · Dernière modification: 2013/01/25 20:47 par JILSYS

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